17.11.2009

Moi et Jocelyn Quivrin : un jeune homme adorable !

 

J’avoue que quand j’ai appris qu’il était décédé, ça m’a fait bizarre. D’abord parce que ça me fait toujours bizarre d’apprendre que quelqu’un de mon âge décède et ensuite parce que j’avais rencontré cet artiste lorsque j’étais jurée au festival du film britannique de Dinard en 2007. Je précise que j’étais la seule jurée « anonyme » ayant gagné ma place grâce à un sponsor. Si côté anglais, les célébrités étaient super abordables, côté français, ce n’était pas tout à fait pareil. Seuls Laurent Gerra et Jocelyn Quivrin étaient réellement accessibles, Jocelyn encore plus. Peut-être parce qu’il était naturel ? spontané ? Du moins, c’est ce qu’il dégageait. D’emblée, dans une voiture officielle du festival où nous nous sommes rencontrés, il m’a dit « on se tutoie », sous-entendu c’est plus simple, pas besoin de chichi, devant deux autres jeunes actrices médusées… Avec lui, le contact était facile. On pouvait parler de tout. On parlait d’égal à égal.

Il aimait bien tâcler et qu’on le tâcle. Je me souviens de sa tête quand je lui ai demandé si c’était bien lui, le petit binoclard qui jouait dans une série qui passait pendant les vacances scolaires quand j’étais petite. A l’époque, sa beauté était plutôt économe, donc j’en doutais. Je défie quiconque de pouvoir imaginer que ce jeune homme allait incarner un jour « Rastignac »… ça l’avait fait sourire et en même temps étonné que cette modeste série ait pu me marquer. Jocelyn, loin d’être parfait et un peu taquin, m’a quand même foutu la honte un jour… A table, coincée entre des agents et attachés de presse, j’assistais à une discussion peu passionnante. Lui assis, à côté de moi, m’a balancé tout fort « T’as l’air de te faire chier ! », ce qui n’était pas faux. Mais bon, je voulais rester polie (J’avais de sacrés privilèges pendant quatre jours, je pouvais donc faire quelques concessions). En même temps, comme je ne sais pas mentir, ça devait se voir sur mon visage. J’en ai déduit qu’il devait s’ennuyer à mourir aussi. Mais bon, en attendant je le trouvais gonflé d’avoir fait remarquer que je me faisais chier et pas lui !!! Mais je crois que c’est le seul moyen qu’il avait trouvé pour que ces prétentieux se taisent ou se mettent à parler de choses plus intéressantes. Son plan a d’ailleurs marché.

Je me souviens aussi quand il m’a demandé ce que je faisais dans la vie et de me poser des questions à ce sujet. Je l’avais un peu sous-estimé. Comprenez, travaillant sur un sujet assez pointu, j’avais vulgarisé à mort. Et lui, de me dire qu’il comprenait de quoi je lui parlais, la copine d’un de ses amis faisant la même chose. Je m’étais sentie intérieurement ridicule… j’avais présumé une futilité… qu’il n’avait pas. Les présomptions touchent toutes les catégories sociales…

A l’époque, il avait une Ferrari rouge. Il parlait beaucoup voitures. Il nous avait fait une démonstration, à moi et aux jurés britanniques. Ces derniers m’ont vite fait comprendre que je n’étais pas la seule parmi nous à ne pas pouvoir m’en offrir une (en même temps, si j’avais l’argent, je ne suis pas certaine de vouloir conduire ce genre de truc !). On s’était tous installés à tour de rôle à l’intérieur du bolide, rêveurs d’un jour. Jocelyn m’avait précisé le lendemain, qu’il avait fait un choix, claquer son argent dans une voiture, plutôt que dans un appartement ou une maison. Je ne sais pas pourquoi il s’est justifié. Probablement parce qu’il ne voulait pas m’épater, moi fille du peuple, ou paraître indécent… C’est peut-être ça qui était touchant chez lui, ne pas écraser. Il pouvait même s’émerveiller de petites choses. Mon bracelet par exemple. Regarder mon bras sans rien dire, le fixer pendant un certain temps et enfin déclarer en le touchant « il est joli ce bracelet ». Dans ma vie, je compte sur les doigts de la main le nombre d’hommes (hors petits amis bien évidemment) capables de s’émerveiller devant à un bijou féminin…

Ce que je préférais chez lui, c’était sa manière de parler de sa compagne, Alice Taglioni. Ils formaient un joli couple discret. J’aimais aussi quand il parlait du cinéma, avec ou sans Alice. Dans la seconde hypothèse, je les imaginais en couple mythique, plus Cassavetes/Rowlands, que Bogart/Bacall. Je ne sais pas pourquoi. En tout cas, le cinéma était important pour lui. Fallait le voir parler des films qu’on visionnait… de les défendre ou pas… Je me souviens aussi d’une discussion en anglais sur le cinéma français avec un vieil acteur britannique. On n’était pas d’accord devant lui le tout en anglais. Avec du recul, c’était d’un comique ce désaccord en langue anglaise. Mais lui restait très sérieux pour expliquer le cinéma.

Il avait quelquefois un regard insaisissable, un regard perdu aussitôt rattrapé par une volonté de vivre, de prendre la vie comme un jeu. Il trouvait incroyable d’être payé pour jouer. Un luxe. Il avait décidé de faire quelques films pour pouvoir financer ensuite son premier long métrage sur lequel il travaillait déjà et assez durement. Une histoire à la James Dean… Une sorte de « fureur de vivre ». Les circonstances de la vie étant parfois ironiques, le destin l’a hélas rattrapé…

Tchao l’artiste !

 

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Commentaires

J'aime beaucoup l'anecdote du repas :)
C'est triste une vie qui part si vite... :(

Écrit par : TheCélinette | 25.11.2009

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